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J’ai testé le fusil arbalète 75 cm versus 90 cm au cœur des herbiers côtiers

mai 8, 2026

La première fois que j'ai plongé dans un herbier dense près de la côte avec mon fusil arbalète, j'ai senti la végétation s'accrocher autour de la crosse et du tube, ralentissant mes mouvements. Ce jour-là, j'ai voulu mesurer ma capacité à viser rapidement sans prendre le risque de coincer mon fusil dans les branches sous-marines, un vrai casse-tête quand le matériel dépasse la taille des passages. J'avais sous la main deux modèles, un 75 cm et un 90 cm, et ce choix entre maniabilité et portée allait s'imposer comme le cœur de mon test. L'eau claire laissait entrevoir les herbiers tortueux, mais dans ce labyrinthe végétal, la rapidité d'action et la précision étaient mises à rude épreuve. Je savais que le terrain allait révéler les véritables qualités de chaque fusil, bien au-delà des simples chiffres sur la fiche technique.

Ce que j’ai vécu dès la première immersion dans l’herbier

Dès que j'ai mis la tête sous l'eau, j'ai saisi la différence de prise en main entre le 75 cm et le 90 cm. Le 75 cm se glissait plus naturellement entre les touffes d'algues et les rochers, sa légèreté se faisant sentir. J’ai senti environ 150 grammes de différence à la main, ce qui dans un environnement encombré changeait la donne. La maniabilité était plus immédiate, avec des mouvements plus rapides, surtout en chasse côtière où chaque seconde compte. Le 90 cm, plus long, donnait une impression de puissance, mais il fallait composer avec son encombrement, notamment pour pivoter ou ajuster le tir au dernier moment.

Dans cet herbier, je me suis vite heurtée aux branches sous-marines. Le 90 cm accrochait fréquemment les branches fines, ce qui cassait la fluidité de mes gestes. J’ai dû plusieurs fois reculer pour démêler le fusil, ce qui m’a fait perdre de précieuses secondes. Le 75 cm, moins long, se faufilait mieux, limitant ces accrocs. J’ai remarqué que même dans des passages étroits, je pouvais armer et pointer sans trop de gêne, ce qui a nettement facilité mes tirs rapides. La différence de quelques centimètres se traduisait donc par une vraie différence d’utilité en milieu dense.

Un moment précis m’est resté en tête : alors que j’étais prêt à tirer, ma flèche du 90 cm s’est accrochée à une branche fine, presque invisible dans la lumière tamisée de l’eau. J’ai failli la perdre en tirant maladroitement hors du tube, mais un réflexe immédiat m’a poussée à relâcher la pression et à repositionner la flèche doucement. Ce coup de stress a failli me coûter la session, car perdre une flèche en pleine immersion est une galère qui peut vite démoraliser. Ce détail a vraiment marqué la limite du 90 cm dans cet environnement.

Comment j’ai structuré mon protocole de test en conditions réelles

Pour tester ces deux fusils, j’ai planifié une série de sorties sur trois semaines, à raison de quatre sessions par semaine. Chaque session durait entre une heure et une heure trente, le temps de bien ressentir le comportement du matériel en conditions réelles. J’ai choisi plusieurs zones côtières avec des herbiers denses mélangés à des zones rocheuses, où la visibilité oscillait entre 3 et 6 mètres. Ce cadre variait assez pour mettre chaque fusil à l’épreuve dans des situations proches de ce que je rencontre habituellement en chasse sous-marine.

Côté matériel, j’ai utilisé un modèle 75 cm de chez Beuchat et un 90 cm signé Cressi, tous deux équipés de flèches carbone adaptées. Le 90 cm demandait une flèche plus longue, ce qui m’a obligé à dépenser entre 15 et 25 euros supplémentaires pour un profil plus hydrodynamique. Les sandows étaient de même section, mais j’ai noté un poids de 1,2 kg pour le 90 cm contre 1 kg pour le 75 cm, ce qui a bien sûr influé sur la fatigue ressentie. Chaque fusil avait ses réglages spécifiques : je contrôlais la tension du sandow avant chaque sortie et ajustais la flèche pour éviter les frottements dans le tube.

Mes objectifs étaient clairs : comparer la maniabilité dans les herbiers, la rapidité d’armement, la stabilité de la trajectoire au tir, le ressenti du recul et la résistance du sandow sur plusieurs sorties. J’ai noté chaque détail à chaud, du moindre accroc aux vibrations dans la crosse. Je voulais aussi vérifier si le sandow conservait sa tension sur la durée, un point qui peut vite plomber une session si le matériel lâche au mauvais moment.

Quand la théorie a craqué face à la réalité du terrain

Une journée, alors que j’avais bien préparé le 90 cm, j’ai senti une gêne au moment d’armer. En regardant et puis près, j’ai compris que la flèche était un poil trop longue, ce qui a provoqué un grippage dans le tube. En tirant, la friction excessive a failli bloquer l’armement, un geste raté qui m’a forcée à interrompre la session. Ce détail, invisible à l’œil nu en surface, a révélé toute l’importance d’un ajustement précis, surtout avec un fusil aussi long. C’est un piège classique, mais que j’avais sous-estimé.

Autre surprise, avec le 75 cm : après environ huit plongées, j’ai entendu un léger claquement à chaque armement du fusil. Ce bruit, discret au début, était signe que le sandow commençait à se microfissurer. Je l’avais ignoré jusqu’à ce que la tension chute brutalement en pleine immersion, ce qui a provoqué un recul plus marqué et une vibration désagréable dans la crosse. J’ai compris qu’un tir à froid sans laisser le sandow se réchauffer suffisait à fragiliser le matériel. Cette expérience m’a poussée à revoir mes habitudes de stockage pour ce fusil.

Ces incidents ont clairement impacté ma confiance en chaque fusil. Le 90 cm, bien que prometteur en portée, devenait délicat à manier sans une flèche parfaitement calibrée. Le 75 cm, plus maniable mais plus fragile, imposait une vigilance accrue sur l’entretien des sandows. Dans un environnement encombré, ces détails techniques font toute la différence entre un tir stable et une séance frustrante. J’ai senti que la théorie ne suffisait pas, et qu’il fallait vraiment vivre ces situations pour comprendre les limites du matériel.

Ce que j’ai mesuré et ressenti après trois semaines de chasse sous-Marine

Après ces trois semaines, j’ai comparé les chiffres concrets : le 75 cm pèse environ 1 kg contre 1,2 kg pour le 90 cm. Cette différence de 200 grammes m’a semblé anodine sur le papier, mais en apnée prolongée, elle a joué sur ma fatigue musculaire. Avec le 90 cm, je sentais plus rapidement mes bras et épaules tirés, surtout lors des sessions en plus de ça d’une heure. Le 75 cm, plus compact, m’a permis de rester plus agile et moins essoufflée, un vrai plus dans les herbiers où je dois souvent changer de position.

Côté précision, j’ai noté que le 90 cm offrait une meilleure stabilité à 6-8 mètres, avec des tirs plus doux et un recul moins brutal. J’ai réussi plusieurs prises à cette distance, ce qui m’a convaincue de son avantage en eau claire. En revanche, dans des passages très encombrés, la précision a souffert des accrocs et du phénomène de flexion du tube que j’ai ressenti au tir. Le 75 cm, plus nerveux, m’a donné des tirs plus courts, souvent sous les 5 mètres, avec une trajectoire parfois moins stable, ce qui m’a coûté quelques ratés.

Le recul et les vibrations dans la crosse étaient aussi différents. Le 90 cm offrait une sensation de recul doux, presque amorti, avec un tir fluide. Le 75 cm, lui, avait un tir plus brutal, avec un décrochage parfois sec du sandow qui me faisait ressentir une vibration dans le bras. Cette sensation m’a demandé une adaptation dans ma prise en main pour éviter de perdre en stabilité.

Pour limiter ces problèmes, j’ai mis en place deux adaptations : d’abord, je stockais les sandows du 75 cm à température ambiante avant chaque sortie, ce qui a nettement réduit la gélification en eau froide et prolongé leur durée de vie. Ensuite, j’ai opté pour une flèche plus hydrodynamique pour le 90 cm, ce qui a diminué le phénomène d’aquaplaning au départ et amélioré la précision en conditions agitées. Ces ajustements ont rendu chaque fusil plus fiable dans son domaine d’utilisation.

Mon verdict après avoir vécu ces sorties en milieu encombré

Le bilan est clair : le 90 cm offre une meilleure portée et une précision accrue, notamment pour les poissons plus gros ou un peu plus éloignés, mais il exige une flèche parfaitement calibrée et un profil hydrodynamique adapté. Sans cela, j’ai vu des délaminages précoces de sandows et des grippages qui peuvent gâcher une session. Le 75 cm, plus maniable et léger, s’est montré redoutable dans les herbiers encombrés, facilitant les tirs rapides et les déplacements. En revanche, il présente des risques de décrochage brutal du sandow et une perte de puissance plus rapide, surtout si on ne prend pas garde à son stockage et à son réchauffage avant immersion.

Pour moi, le 75 cm convient mieux aux chasseuses et chasseurs évoluant souvent dans des zones très encombrées, où la rapidité et la fluidité comptent plus que la portée. Le 90 cm s’adresse à ceux qui privilégient la précision à longue distance en eau claire, à condition d’avoir le matériel bien réglé et un peu plus d’expérience dans l’entretien. J’ai découvert que choisir son fusil, c’est aussi accepter des compromis entre maniabilité, portée et durabilité.

Pour ceux qui veulent optimiser leur choix, j’ai gardé en tête deux pistes : vérifier systématiquement la longueur et le profil de la flèche avant chaque sortie, et soigner le stockage des sandows, notamment pour le 75 cm. Je pense aussi que des modèles intermédiaires ou des sandows renforcés pourraient apporter un bon compromis pour la chasse côtière. En attendant, ce test m’a appris que le terrain reste le juge ultime, et que le bon combo dépend surtout de votre style de chasse et des zones où vous évoluez.

Anne-Laure Gribelin

Anne-Laure Gribelin publie sur le magazine Akwaba des contenus consacrés à la pêche, à l’équipement nautique, à la plongée et aux conseils pratiques liés aux loisirs en mer. Son approche repose sur la clarté, la structuration des informations et la volonté d’aider les lecteurs à trouver des repères utiles.

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