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Le jour où j’ai troqué le fusil pour l’appareil photo sous l’eau à Tartane

juin 16, 2026

L'odeur du joint en silicone m'a sauté au nez quand j'ai fermé le caisson à Tartane. Je serrais mon fusil sous un bras, l'appareil photo étanche dans l'autre, et la mer avait cette couleur laiteuse du matin. Depuis la région de Poitiers, je suis partie 4 jours en Martinique, à Tartane, pour plonger sans tirer et voir si le regard pouvait prendre le relais. J'ai été convaincue par la douceur du geste.

J’étais chasseuse sous-marine avant, avec mes contraintes et mes habitudes bien ancrées

En tant que Rédactrice spécialisée pour magazine nautique (Akwaba), depuis 12 ans, j'ai appris à écrire court et à tester sans me raconter d'histoires. On vit à deux, mon compagnon et moi, sans enfants, et mes sorties tiennent dans des créneaux serrés. Quand je pars en mer, je découpe ma journée en blocs, puis je rentre avec le sel encore sur le cou.

J'ai eu envie de tenter la photo sous-marine après un reportage sur Tartane et sa lumière du matin. Je voulais un regard plus posé sur les poissons de roche, moins de tension dans les épaules, moins de réflexes de tir. J'ai été frappée par cette envie simple de laisser l'animal venir au cadre.

Je pensais que le boîtier serait un prolongement de la main. J'étais sûre de moi, et j'ai vite compris que le caisson demandait plus d'attention que le fusil. Mon travail de Rédactrice spécialisée pour magazine nautique (Akwaba) m'a appris à repérer vite les détails, mais l'eau m'a remise à ma place.

Mes années passées près de l’eau à La Rochelle m'a rendue méfiante sur les effets du relief et de la lumière. J'ai commencé avec un compact à 280 euros et un petit caisson, parce que je ne voulais pas me compliquer la vie d'entrée. Je me suis retrouvée à regarder la fermeture du boîtier comme un geste presque cérémoniel. Pas du tout relaxant au départ.

Le trajet depuis Poitiers m'a gardée dans un état de veille. Je ne pars jamais avec un sac trop plein, parce que je reviens aussi pour écrire mes 15 articles par an. Là-bas, j'ai compris que je n'avais pas besoin de matériel, mais d'un meilleur rythme. Ce genre de retenue m'a évité de me disperser.

Les premières plongées avec l’appareil photo, entre émerveillement et galères techniques

À 4 mètres, la lumière du matin m'a coupé la respiration, au bon sens du terme. Les patates et les bordures de récif prenaient du relief, et je me suis mise à regarder les juvéniles cachés dans le corail. Sans fusil, je me suis sentie plus lente, puis plus attentive, presque étonnée de mon propre calme.

La deuxième plongée a été moins élégante. Une buée fine a commencé dans un angle du caisson, puis le hublot s'est voilé en 2 minutes. J'avais fermé trop vite après avoir changé l'accu, et un bouton m'a paru un peu dur, comme si le joint pincé résistait. Le lendemain, une micro-bulle remontait encore dans le caisson après immersion.

Au retour, j'ai trouvé une micro-goutte dans le boîtier. Rien de dramatique, mais assez pour me tordre l'estomac. Le petit clac des boutons sous la pression m'a aussi rappelé que le caisson réagit à la profondeur. J'ai hésité à ranger l'appareil dès le troisième plongeon.

Le flash interne m'a joué un sale tour sur les premières images. Les particules renvoyaient une pluie blanche, et la rétrodiffusion transformait le cadre en neige flottante. Dès que je déclenchais près du sable, un battement de palme soulevait un voile beige visible sur l'écran. Après 45 minutes, mes avant-bras tiraient et la platine me semblait lourde.

J'ai galéré aussi sur les fonds sombres. L'autofocus pompait, accrochait l'arrière-plan, puis laissait le poisson filer. Une fois, j'ai déclenché trop près du sable et j'ai ruiné toute une série. J'ai vu un poisson de dos et un nuage beige. Ça m'a saoulée, je l'avoue.

J'ai fini par lâcher l'idée de tout photographier. Je me suis placée en léger contre-courant, j'ai ralenti mes battements et j'ai choisi 3 scènes, pas une . Les poissons revenaient davantage dans le cadre, et le sable se levait moins. Le résultat avait enfin de la respiration.

Le soir, je me suis attardée sur l'écran du boîtier. J'y ai retrouvé un juvénile collé à la roche, presque invisible sur le vif. J'y ai aussi vu un mouvement de fuite que je n'avais pas perçu sous l'eau. Là, j'ai compris que la photo me montrait une mer plus patiente que ma mémoire.

Le jour où j’ai vraiment compris que je changeais de monde sous l’eau

Le jour où j'ai vraiment basculé, j'étais immobile à Tartane, les palmes posées sur une roche, à 6 mètres. Un poisson est revenu dans le cadre quand je n'ai plus bougé du tout. Le petit clac du boîtier sous la pression m'a traversé les doigts, puis j'ai vu sur l'écran une scène que j'aurais ratée en chasse.

Le poisson restait dans le relief, et la lumière glissait sur la pierre comme une bande claire. Ce cliché, je ne l'aurais jamais eu en chasse. Les repères de l'Institut Français de Recherche pour l'Exploitation de la Mer (IFREMER) sur l'observation du milieu m'ont aidée à regarder le site autrement. J'ai compris qu'un fond calme raconte déjà beaucoup.

Après ça, je suis devenue moins pressée. Je gardais la tête haute, les gestes lents, et j'attendais que le sujet revienne. Je déclenchais seulement quand le poisson acceptait de rester dans le cadre. Je ne sais pas si tout le monde ressent le même basculement, mais chez moi il a été net.

J'ai aussi compris que certains poissons me toléraient mieux quand je cessais de les suivre. Les plus nerveux glissaient encore sur le côté, mais d'autres revenaient, comme si mon immobilité les rassurait. Ce n'était pas spectaculaire. C'était plus fin, et j'y ai pris goût.

Ce que je sais maintenant que j’ignorais au début, avec mes erreurs et ce que je referais ou pas

Je vérifie maintenant la bague d'étanchéité avant chaque fermeture, et je nettoie le joint d'étanchéité avec la pulpe du doigt. Un grain de sable suffit à me gâcher la sortie. La condensation minuscule qui naît d'abord dans un angle du caisson m'alerte tout de suite. Avec le temps, j'ai mieux réglé la balance des blancs et l'exposition quand l'eau vire du bleu au noir. Mon compact à 280 euros tient encore bien la route, tant que je reste soigneuse.

Mes erreurs les plus bêtes ont été simples. J'ai approché trop vite, comme en chasse, et les poissons se sont décalés d'un coup. J'ai aussi oublié une fois de vérifier la bague d'étanchéité avant de fermer, puis j'ai retrouvé une goutte dans le boîtier. Une autre sortie a tourné court parce qu'un micro-grain avait résisté au nettoyage du joint. La mer m'a vite rappelé qu'elle n'aime pas les gestes pressés.

Je referais sans hésiter les heures de lumière douce du matin. Je referais aussi les pauses, parce que c'est là que les sujets reviennent. En revanche, je ne courrais plus après chaque poisson. Je ne laisserais plus la batterie faire la loi, surtout sur une sortie de 45 minutes. Je garde encore en tête le moulinet qui m'avait coûté 90 € de réparation, et ça me rend plus attentive aux petits signes.

Pour trois profils, je vois bien à qui cette bascule parle :

  • les chasseurs et chasseuses curieux de douceur
  • les plongeurs et plongeuses amateurs qui veulent revoir la mer autrement
  • les personnes qui acceptent de viser moins de scènes et de regarder plus longtemps

Je n'ai pas testé la vidéo sous-marine assez longtemps pour en dire plus. Le snorkeling léger me tente quand je veux voyager sans boîtier lourd, et je garde le fusil pour d'autres sorties, selon l'humeur et l'état de la mer. Pour le côté médical de la plongée, je laisse ça aux médecins spécialisés. Avec mon compagnon, sans enfants, je peux aussi partir plus facilement quand la fenêtre météo s'ouvre.

À Tartane, je suis rentrée avec moins de fichiers que prévu, mais avec un regard plus calme. La photo sous-marine sans fusil m'a laissée plus attentive aux particules, à la flottabilité et au temps d'attente. Pour quelqu'un qui accepte de ralentir et de rater un peu de matière, le passage m'a vraiment changée.

Anne-Laure Gribelin

Anne-Laure Gribelin publie sur le magazine Akwaba des contenus consacrés à la pêche, à l’équipement nautique, à la plongée et aux conseils pratiques liés aux loisirs en mer. Son approche repose sur la clarté, la structuration des informations et la volonté d’aider les lecteurs à trouver des repères utiles.

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