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Ma première plongée libre en eau froide qui n’a rien à voir avec les tropiques

juin 17, 2026

L'eau a claqué sur mon visage, et j'ai eu un petit hoquet avant même de voir la bouée de la pointe de la Fumée, à Fouras. Depuis la région de Poitiers, je suis partie trois jours sur la côte charentaise pour ma première plongée libre en eau froide. Mon travail de rédactrice spécialisée pour le magazine nautique Akwaba m'a appris à me méfier des promesses trop rapides. J'avais surtout envie de vérifier, dans le réel, ce que 15 °C font au corps quand on entre sans préparation.

Je ne m’attendais pas à ce choc au visage dès la première seconde

En douze années chez Akwaba, j'ai appris à regarder le matériel avant les promesses, surtout quand une sortie coûte du temps et de l'énergie. Depuis 2014, je travaille depuis la région de Poitiers, avec un rythme posé qui me laisse organiser mes déplacements sans courir. Depuis mes années passées près de l’eau à La Rochelle, je me méfie des raccourcis un peu trop jolis. Avec mon compagnon, sans enfant à charge, je peux caser une sortie de trois jours sans retourner tout l'agenda.

Avant de partir, j'avais relu les repères de l'Institut Français de Recherche pour l'Exploitation de la Mer (IFREMER) et d’une source officielle reconnue. Je n’y cherchais pas une leçon, juste un cadrage simple sur la saison et la température. J'avais en tête des lagons, des gestes souples, une eau qui pardonne les hésitations, et cette idée m'arrangeait bien après 90 € de réparation sur un moulinet. Je pensais qu'un passage à 15 °C ne ferait que piquer un peu, comme un contretemps supportable.

Sur place, j'ai enfilé ma Beuchat Équipe Longue de 2012, ma cagoule de 7 mm et des gants un peu trop fins. Le néoprène tirait déjà sur les épaules quand je respirais à fond sur le bord, et je sentais ma nuque raide avant même la mise à l'eau. J'ai hésité une minute, puis je me suis jetée à l'eau sans vraie entrée progressive. Je me suis retrouvée trop vite dans le bain, avec la tête déjà en alerte et les gestes encore brusques.

Petit détail qui compte : j'avais oublié de rincer mon masque à la salive avant la mise à l'eau, et il a buée dès la première minute. Bête, après douze ans à le faire, mais le froid m'avait déjà mise sous tension et je suis partie trop vite. J'ai aussi senti l'eau s'infiltrer entre la cagoule et le cou, une lame glacée qui descend dans le dos. Tu crois que c'est anecdotique, et puis ça occupe toute ta tête juste au mauvais moment.

La première immersion : quand le froid m’a coupé le souffle avant même la descente

Le premier contact a été net, presque brutal, et la cale encore mouillée m'a donné l'impression d'entrer sans filet. L'eau était à 10 °C, et mon visage a reçu un choc sec, comme une gifle humide. J'ai eu un hoquet, puis une inspiration coupée, et mon cœur a accéléré d'un coup. Le réflexe d'immersion m'a stoppée avant même le début de la descente, et j'ai dû reprendre appui sur le bord.

Ce qui m'a gênée, ce n'est pas la profondeur. C'était ce verrou au niveau du visage et de la nuque, juste sous la cagoule, avec les oreilles qui prenaient le froid de face. Je me suis sentie coincée dans ma cage thoracique, comme si le torse refusait d'ouvrir. Au bout de 2 minutes, j'ai été frappée par le silence, mais mes épaules restaient hautes.

L'égalisation a suivi de travers, dès la première tentative. Le nez me semblait fermé, les sinus réagissaient mal, et j'ai dû remonter plus tôt que prévu. J'ai refait la descente 3 fois, avec la même petite frustration au retour, parce que je n'arrivais pas à poser mon souffle. Chaque fois, la compensation devenait irrégulière, et je perdais le fil de ma détente.

Les doigts ont pris le relais du malaise. La vasoconstriction périphérique m'a rendue maladroite, et fermer la boucle de plomb est devenu un petit casse-tête. Quand j'ai levé la tête, le masque s'est couvert de buée et de gouttelettes, puis le fond m'a paru propre dès les premières coulées. Les frissons sont venus après la sortie, puis entre deux apnées quand je restais immobile trop longtemps.

Le plus étrange, c'était la lumière au fond. L'eau froide laissait voir plus loin, et le sable paraissait lavé de tout. J'ai adoré ce fond propre, presque trop calme, avec très peu de monde autour de la bouée. Ce contraste m'a donné envie de revenir, malgré la grimace du départ.

Une chose m'a marquée que je n'avais jamais vue en eau chaude : mes bulles montaient plus lentement, plus grosses, et le moindre coup de palme résonnait dans le silence. À 10 °C, le corps coupe vite la périphérie, et j'ai senti mes pieds devenir lourds au bout de quinze minutes seulement, malgré les chaussons. Je suis ressortie avec les lèvres un peu engourdies, ce qui m'a servi de signal pour ne pas tirer sur la corde. Là-dessus, je ne joue pas : si le corps dit stop, je sors.

Ce que j’ai compris après avoir raté ma première session et comment j’ai changé ma façon de plonger

En rentrant, j'ai compris que je m'étais trompée de combat. Le sujet n'était pas la profondeur, mais le choc thermique au visage et le départ de respiration. J'ai été convaincue en relisant mes notes, parce que la session avait déraillé dès les 10 premières secondes. Mon travail de Rédactrice spécialisée pour magazine nautique (Akwaba) m'a appris que le détail qui casse tout est par moments minuscule.

Le lendemain, je suis devenue plus lente au bord, et j'ai changé ma manière d'entrer. J'ai avancé par paliers, puis j'ai attendu quelques minutes avant la première descente. J'ai réduit la durée de mes apnées, parce que je perdais en qualité dès que je forçais. J'ai aussi gardé la tête hors de l'eau le temps que la respiration se pose, avec une cagoule plus épaisse et des gants plus épais.

Le résultat a été visible dès la deuxième session. Mes apnées sont restées plus propres, et je n'ai plus raccourci la descente à cause des épaules raides. Les doigts restaient gourds, mais la boucle de plomb se fermait encore sans juron. Ma Beuchat Équipe Longue de 2012 a retrouvé un peu de souplesse, même si le néoprène gardait sa raideur d'hiver.

Ce que je retiens de cette expérience et ce que je referais ou éviterais

Cette sortie m'a appris une chose simple. En eau froide, la vraie question n'est pas de tenir plus longtemps, mais de ne pas casser le départ. La différence avec mes eaux tropicales a été nette dès les premières secondes, et je ne l'ai plus minimisée. J'ai aussi compris que 15 °C ne racontent pas la même histoire selon le vent, la sortie et l'heure.

Je referais sans hésiter l'entrée plus lente et le temps de pause avant la première coulée. Au retour, j'avais les frissons qui montaient dans la voiture, avec le sel encore collé aux doigts. On vit à deux, mon compagnon et moi, et on a pris 15 minutes pour souffler avant de reprendre la route. Je suis rentrée avec la gorge sèche et les joues encore rouges.

Je ne referais pas la cagoule absente ni les gants trop fins. Je ne referais pas non plus le saut trop rapide, ni cette envie de pousser la profondeur alors que mon souffle n'était pas calé. Le froid commande sa propre cadence, et je l'avais sous-estimée dès la mise à l'eau. Quand je pense à cette sortie, c'est la nuque qui me revient d'abord, pas le fond.

Cette plongée m'a surtout rappelé qu'je dois accepter de ralentir et d'écouter le corps avant de chercher plus loin. Pour la partie médicale, je laisse la question à un médecin spécialisé, parce que mes repères s'arrêtent là. À la pointe de la Fumée, à Fouras, je suis rentrée avec une idée plus humble de l'eau froide. Elle m'a paru moins décorative, mais plus honnête, et c'est resté mon meilleur souvenir de cette côte.

Anne-Laure Gribelin

Anne-Laure Gribelin publie sur le magazine Akwaba des contenus consacrés à la pêche, à l’équipement nautique, à la plongée et aux conseils pratiques liés aux loisirs en mer. Son approche repose sur la clarté, la structuration des informations et la volonté d’aider les lecteurs à trouver des repères utiles.

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