En chasse sous-marine en solo, l’eau glacée m’a serré la nuque quand j’ai basculé au large de Sormiou. J’ai senti ma respiration se décaler, puis ma tête s’est vidée d’un coup. Depuis la région de Poitiers, je suis partie 3 jours en baie de La Ciotat pour une sortie que je croyais maîtriser. Sur le moment, je me suis sentie très seule sous la surface, et j’ai compris trop tard que l’hypoxie ne prévient pas. Je vais t’expliquer dans quels cas cette sortie peut valoir le coup, et dans quels cas c’est un piège.
Quand j’ai commencé seule, je ne mesurais pas à quel point la sécurité est une affaire sérieuse
Au départ, j’avais le profil classique de l’amatrice motivée mais pressée. Je pratique les loisirs nautiques depuis des années, j’écris depuis 2014 pour Akwaba, et je vis avec mon compagnon, sans enfants. En couple, sans enfants, on vit à deux, mon compagnon et moi, et j’avais l’impression de pouvoir caler cette sortie entre deux dossiers. Le budget comptait aussi. Je n’avais pas envie de payer un encadrement tout de suite, ni de m’inscrire dans un club sans connaître le terrain. En tant que Rédactrice spécialisée pour magazine nautique (Akwaba), j’ai plusieurs fois le réflexe de tester avant de juger, et là j’ai confondu curiosité et assurance.
Sur l’eau, le problème, c’est que tout se mélange. Tu surveilles ton matériel, tu contrôles la ceinture, tu regardes la houle, tu gardes le fusil près du corps, et tu comptes tes cycles d’apnée. Le moindre oubli prend tout de suite de la place. J’ai vu à quel point une descente un peu trop longue, un courant de travers, ou juste une prise mal vue peuvent te sortir de ta concentration. Quand tu es seule, il n’y a personne pour te dire que ta respiration devient trop haute, que ton palmage s’éparpille, ou que tu as déjà dépassé ta marge. C’est là que le piège commence, pas au moment du poisson. Le piège, c’est la petite confiance qui monte sans que tu t’en rendes compte.
Ce qui m’a manqué dès les premiers essais, c’est un regard extérieur. Un binôme m’aurait vue remonter trop vite, ou m’aurait fait reprendre mon souffle avant une nouvelle mise à l’eau. J’ai aussi compris que je corrigeais mes gestes trop tard. Je croyais tirer proprement, mais je passais à côté du bon placement parce que je voulais aller vite. Ma Licence en Sciences de la Mer (Université de La Rochelle, 2010) m’a donné des repères de base sur le milieu, mais pas ce retour instantané qu’apporte une personne à côté de toi. Et c’est là que j’ai été frappée : seule, je lisais mal mes propres signaux.
L’hypoxie, je ne l’ai pas apprise dans un manuel, je l’ai sentie. Après une apnée trop tendue, la tête devient légère, la vision se resserre, et le corps te raconte une histoire que tu n’écoutes pas assez. C’est aussi pour ça que je parle de binôme avec autant de sérieux. Sentir son corps basculer dans le flou, comme si l’air venait à manquer sans raison, c’est une expérience que je ne souhaite à personne de vivre seule sous l’eau. Les repères de l’Institut Français de Recherche pour l'Exploitation de la Mer (IFREMER) sur le littoral m’ont aussi rappelé qu’un milieu change vite, même quand la mer paraît calme. Pour la partie malaise répété, je m’arrête là et je passe le relais à une médecin du sport.
Ce que j’ai appris à mes dépens sur les gestes techniques et la vigilance indispensable
Le moment qui m’a le plus secouée, c’est quand j’ai mal réglé ma flottabilité près d’un rocher. J’avais gardé un peu trop d’air, la montée s’est faite de travers, et je me suis retrouvée coincée sous un surplomb avec la pierre juste au-dessus du masque. La sensation m’a coupé les jambes. J’ai d’abord cru que j’allais simplement me dégager en reculant, puis j’ai vu que ma ceinture avait glissé d’un cran. Mon cœur a cogné plus vite, mes mains ont perdu en précision, et le repère du fond s’est brouillé. Ce n’était pas une grosse erreur sur le papier. Sur place, c’était déjà beaucoup trop.
J’ai aussi sous-estimé le tir. Quand tu es seule, tu n’as pas le petit retour du binôme, ni la pause qui te remet dans le bon rythme. Tu veux viser, gérer la respiration, garder l’équilibre et tirer proprement, tout en surveillant ta remontée. C’est trop de choses à la fois pour un débutant. Mon geste partait de travers dès que je me crispais. Le stress mangeait la précision. Un fusil bien tenu ne compense pas une apnée mal gérée, et ça, je l’ai compris après plusieurs tirs ratés dans une eau légèrement chargée. Là encore, mon travail de Rédactrice spécialisée pour magazine nautique (Akwaba) m’a appris à regarder les détails, pas à me raconter une belle histoire.
J’ai aussi dû revoir ma préparation physique. La respiration diaphragmatique, je la prenais pour un conseil un peu théorique. En pratique, elle change tout quand tu veux faire redescendre ton rythme avant l’immersion. J’ai commencé à m’échauffer plus sérieusement, à ralentir mes gestes sur le bord, et à accepter de laisser passer une chasse si je me sentais déjà tendue. Je suis devenue plus attentive à la relaxation avant de me mettre à l’eau. Ce n’est pas spectaculaire. C’est juste ce qui m’a évité de repartir en vrille dès la deuxième descente.
J’ai eu un soir de doute très net, avec le cœur qui tape dans les tempes, la vision un peu trouble et les mollets durs comme du bois. « le silence sous-marin devient soudain oppressant quand tu sens que ton corps te trahit, et que personne n’est là pour t’aider ». Cette phrase, je la garde parce qu’elle résume exactement le virage. J’ai alors compris que le plaisir ne venait plus du poisson, mais du simple fait de ressortir proprement. Et ça, franchement, ça m’a saoulée.
Si tu es débutant comme moi, voilà pourquoi je te dirais de ne pas te lancer seul
Pour toi, la chasse sous-marine en solo est une très mauvaise idée si tu débutes, si tu n’as jamais travaillé ton apnée en sécurité, ou si tu n’as personne de fiable avec toi sur l’eau. Je pense aussi aux personnes qui sortent seules parce qu’elles n’ont pas de club proche, comme j’ai failli le faire. Une sortie isolée, avec un matériel mal réglé et une respiration encore hésitante, laisse trop de place à l’erreur. Si tu n’as pas déjà 20 sorties propres derrière toi, tu n’as pas de marge. Si tu ne sais pas reconnaître ta fatigue avant qu’elle monte, tu joues contre toi. Et si ton budget t’oblige à tout improviser, le risque grimpe encore.
À l’inverse, je vois un cas où ça peut tenir debout. Si tu as déjà une vraie habitude de l’apnée, un binôme attentif, un matériel simple et réglé, et une bonne lecture du terrain, tu peux commencer à te débrouiller. Je parle d’une pratiquante qui sait rester calme, qui ne cherche pas la performance, et qui accepte de renoncer quand les sensations tournent mal. Là, le solo devient un choix plus réfléchi qu’une fuite en avant. Mais je reste prudente. Dès que la fatigue, la houle ou le courant s’ajoutent, la marge fond d’un coup.
Les alternatives que j’ai envisagées m’auraient évité bien des frayeurs. J’ai mis du temps à l’admettre, mais un cadre simple me convenait mieux que l’improvisation. J’ai fini par regarder du côté de solutions qui m’auraient fait gagner du temps et du calme.
- un club de chasse sous-marine avec sorties encadrées le week-end
- un stage d’une journée avec une personne qui corrige les gestes en direct
- une sortie en binôme avec quelqu’un qui connaît déjà le secteur
Le plus drôle, c’est que je pensais perdre ma liberté en allant vers un groupe. En réalité, j’ai gagné en sérénité. Et cette sérénité m’a permis de mieux voir ce qui me manquait vraiment.
Mon verdict après plusieurs mois d’expérience : la chasse sous-marine, ça s’apprend encadrée et en sécurité
Avec mon compagnon, sans enfants, j’avais du temps pour sortir, lire, préparer et recommencer. Et malgré ça, j’ai pris trop de risques au départ. Mon autonomie a grandi, oui. Mon plaisir aussi, quand j’ai cessé de me battre seule contre chaque détail. Mais le risque réel restait là, avec ses signaux discrets et ses mauvaises surprises. Je travaille depuis 2014 comme Rédactrice spécialisée pour magazine nautique (Akwaba), et je me suis vite rendue compte que cette activité-là ne pardonne pas l’à-peu-près. J’ai été convaincue que le solo ne m’apportait pas grand-chose au début, à part du stress.
Alors j’ai rejoint un club, le Club Bleu Calanques, et j’ai suivi une formation encadrée. Le changement a été net dans ma manière d’entrer dans l’eau. Je suis devenue plus lente, plus propre sur la remontée, et moins obsédée par le résultat. J’ai aussi appris à poser mes limites avant qu’elles ne me les rappellent brutalement. En tant que Rédactrice spécialisée pour magazine nautique (Akwaba), j’ai pris l’habitude de croiser les retours de terrain avec des sources solides, et je garde ce réflexe ici. Avec mon compagnon, sans enfants, j’ai aussi pu organiser mes sorties sans courir après le temps, ce qui a changé ma façon d’aborder l’effort.
Mon conseil final reste simple. Si tu cherches la chasse sous-marine, commence encadré, avec un binôme, et avec des repères sérieux. Je m’appuie volontiers sur l’IFREMER, sur les clubs, et sur des médecins du sport quand une sensation étrange revient deux fois. Je n’irai jamais te dire qu’une apnée tendue est banale, parce que je sais maintenant ce qu’elle peut coûter. Et pour quelqu’un qui accepte d’apprendre lentement, de renoncer à une sortie quand la tête tourne, et de suivre un cadre clair, c’est la bonne porte d’entrée.
Mon verdict : pour qui oui, pour qui non
POUR QUI OUI – Je la recommande à une personne adulte qui a déjà 18 ans passés, un budget de 380 euros pour l’équipement de base, et la patience de faire 4 sorties encadrées avant de vouloir chasser seule. Je la recommande aussi à une personne qui vit en couple, sans enfants, et qui peut bloquer des demi-journées sans courir partout. Enfin, je la vois pour une pratiquante qui accepte un rythme lent, qui aime vérifier son matériel avant chaque mise à l’eau, et qui n’a pas peur d’apprendre dans un club. POUR QUI NON – Je la déconseille à une débutante qui n’a jamais tenu une apnée propre, à une personne qui part seule faute de binôme, ou à une personne qui veut aller vite après 45 secondes de souffle retenu. Je la déconseille aussi si ton budget t’oblige à tout bricoler, ou si tu veux sortir dès que la mer est là, sans marge pour attendre un meilleur jour.
Mon verdict : la chasse sous-marine en solo n’est pas un bon point de départ, même si tu es motivée, même si tu lis beaucoup, et même si tu viens comme moi d’une région éloignée du littoral. Pour moi c’est non au début, puis oui seulement avec un cadre, un binôme, et une vraie pratique encadrée. C’est le choix que je fais après Sormiou, après le Club Bleu Calanques, et après plusieurs mois à mesurer mes propres limites.



