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Cette plongée à Sainte-Luce où j’ai compris qu’on ne sait jamais tout

mai 19, 2026

À Sainte-Luce, l'eau tiède m'a claqué au cou dès que j'ai quitté l'échelle, et le fond avait déjà l'air d'un tableau. Depuis la région de Poitiers, je suis partie 9 jours en Martinique pour cette plongée encadrée, avec le bloc qui cognait encore contre mes reins. En tant que Rédactrice spécialisée pour magazine nautique (Akwaba), j'ai été frappée par la netteté de la visibilité dès la mise à l'eau. Le guide local m'a tout de suite demandé de regarder le relief avant les poissons.

Je ne suis pas une plongeuse experte, ça a tout changé dès le départ

Je plonge de façon occasionnelle, pas plus de 20 sorties par an, et mon dernier baptême remontait à 2 ans. Avec mon compagnon, sans enfants, j'avais pu bloquer ce voyage sans courir après une organisation lourde. La sortie m'a coûté 47 euros, matériel compris, et j'ai hésité avant de la payer. Je suis partie avec une vraie envie, mais sans me raconter d'histoires sur mon niveau.

Sainte-Luce m'attirait pour une plongée calme, presque balade, avec des poissons visibles et un guide posé. J'imaginais une descente douce, quelques gorgones, puis une observation facile, presque rassurante. Je m'étais fait ce film parce que je cherchais une sortie sans pression. Au fond, je voulais surtout respirer sans me battre avec l'eau.

Depuis ma Licence en Sciences de la Mer (Université de La Rochelle, 2010), je regarde toujours un site comme une carte à lire. Les repères de l'Institut Français de Recherche pour l'Exploitation de la Mer (IFREMER) sur le relief côtier m'ont rappelé qu'un fond plat n'existe presque jamais. J'avais aussi lu des retours sur des courants qui décalent vite un groupe. Je pensais être prête, mais j'étais surtout rassurée par le briefing.

En 12 ans chez Akwaba, je publie environ 15 articles par an, et j'ai fini par reconnaître les sorties trop sages en apparence. On vit à deux, mon compagnon et moi, donc je peux partir sans faire tourner tout le reste autour d'un départ. Cette liberté m'a aidée à accepter un encadrement plus technique que prévu. Je me suis retrouvée à écouter le guide avec beaucoup plus d'attention que je ne l'aurais cru.

La plongée a commencé comme une balade, puis tout a basculé

La mise à l'eau a été presque douce. L'eau était claire comme une vitre, et j'ai eu cette impression de tableau propre que je n'oublierai pas. J'ai réglé mon gilet, pris deux grandes inspirations, puis j'ai laissé l'air sortir doucement. Le bruit discret et constant du détendeur m'a servi de métronome.

Au bout de quelques minutes, le courant latéral m'a poussée sur le côté. Je croyais avancer droit, mais je me suis vue dériver par rapport au groupe. J'ai dû donner des coups de palme plus courts pour rester dans l'axe. J'ai eu du mal à garder le même rythme, parce que je regardais trop la faune et pas assez ma trajectoire.

À 12 mètres, la thermocline m'a coupé net. La surface restait tiède, puis j'ai pris un froid sec sur le cou et les épaules. Ma combinaison Beuchat Equipe Longue de 2012 m'a paru juste un peu légère à cet endroit. J'ai descendu trop vite, le masque a tiré d'un coup, et mes oreilles ont réagi moins bien que prévu.

Je portais trop de lest, et je l'ai compris quand mon genou a touché le fond. Un nuage de sable est monté au moindre coup de palme mal placé, et la visi s'est dégradée autour de moi. En remontant un peu, j'ai oublié de purger assez le gilet, puis j'ai pris de la vitesse sans le vouloir. Je me suis sentie lourde, puis trop vive, et rien n'était stable.

Le moment où j'ai vraiment commencé à voir la mer autrement

C'est là que le guide s'est arrêté net. Son doigt pointait une cassure que je prenais pour une simple ombre, et j'ai fini par distinguer un petit poisson plaqué au rocher. Sans cette pause, je serais passée dessus sans rien voir. J'ai compris, un peu tard, que je regardais seulement devant moi.

Je me suis mise à lire les reliefs comme une carte incomplète. Une fissure, une bosse, un creux dans le corail changeaient tout. Ce que je croyais être un fond lisse était une suite de cachettes minuscules. J'avais l'impression d'être novice devant un code que les habitués lisent d'un coup.

Sous l'eau, la respiration dans le détendeur prenait toute la place. Le reste se faisait plus silencieux, et mes palmes semblaient glisser sans bruit quand je me calmais. J'ai pris le temps de flotter juste au-dessus du fond, sans m'y poser. Cette dérive légère m'a aidée à voir un autre poisson collé dans une anfractuosité.

Ce que j'ai appris et que je ne soupçonnais pas avant cette plongée

Après cette plongée, j'ai retenu que le relief compte plus que l'espèce rencontrée. Un petit renfoncement suffit à cacher un animal que je n'aurais jamais vu seule. C'est exactement le genre de détail que les repères de l'IFREMER m'aident à relire, quand je compare mes notes au retour. Depuis, je regarde la roche avant de chercher le mouvement.

Depuis, j'ai réduit mon lestage et je vérifie ma flottabilité dès les premières minutes. Je garde aussi une descente plus lente, juste pour équilibrer la pression dans les oreilles sans forcer. Quand je sens le fond remuer sous moi, je remonte de quelques centimètres au lieu de me poser. Ça m'évite ce nuage de sable qui gâche tout.

Je ne ferais pas cette sortie pour chercher de la profondeur. Pour quelqu'un qui accepte un courant léger et qui aime observer plus que descendre, elle m'a vraiment plu. Pour la douleur aux oreilles, je laisse la suite à un médecin spécialisé si ça se répète, parce que je ne joue pas à faire la maligne sur ce point. Je garde aussi en tête qu'un snorkeling plus poussé ou une chasse sous-marine amateur demandent un autre tempo.

En rentrant avec mon compagnon, sans enfants, j'ai revu la plongée presque image par image. Mon travail de Rédactrice spécialisée pour magazine nautique (Akwaba) m'a appris à repérer ces bascules-là, mais là je les ai vécues de l'intérieur. Je n'ai pas eu envie de faire plus long, juste de revenir le lendemain avec le même regard neuf. J'étais contente d'avoir laissé Sainte-Luce me bousculer.

Quand je suis rentrée à Poitiers, Sainte-luce m'est restée sous la peau

Je suis rentrée dans la région de Poitiers avec la tête encore pleine de ce fond, de cette eau claire et de ce bruit régulier dans le détendeur. Dans cette sortie, j'ai passé 34 minutes au fond, puis 3 minutes au palier de sécurité. La profondeur est restée faible à moyenne, donc plus tournée vers l'observation que vers la descente. Ce cadre m'a plu parce qu'il me laissait regarder au lieu de lutter.

Ce qui reste, c'est ce moment où j'ai raté le poisson que le guide montrait, puis celui où j'ai enfin lu la roche comme il fallait. J'ai été convaincue qu'une plongée peut sembler simple et demander quand même une vraie attention. Sainte-Luce m'a laissée avec cette humilité-là, et elle me va bien. Je n'ai pas eu l'impression d'avoir tout compris, et c'est justement ce qui m'a plu.

Pour quelqu'un qui accepte de se faire bousculer par un courant, et qui aime les fonds à décrypter, cette plongée m'a semblé juste. Je ne cherche pas à en faire une règle générale, parce que mon ressenti vient de ce jour-là, de ce guide, et de cette eau-là. En repartant de Sainte-Luce, j'ai gardé l'envie de plonger moins loin, mais mieux. Et, à vrai dire, c'est déjà beaucoup pour moi.

Anne-Laure Gribelin

Anne-Laure Gribelin publie sur le magazine Akwaba des contenus consacrés à la pêche, à l’équipement nautique, à la plongée et aux conseils pratiques liés aux loisirs en mer. Son approche repose sur la clarté, la structuration des informations et la volonté d’aider les lecteurs à trouver des repères utiles.

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