À la Pointe Borgnèse, l’eau m’a giflé le masque dès le saut, et mon ordinateur a affiché 00:00 avant mon souffle. Depuis la région de Poitiers, je suis partie quatre jours en zone de la Pointe Borgnèse pour suivre le relief sans traîner et garder un chrono propre. En tant que Rédactrice spécialisée pour magazine nautique (Akwaba), j’ai voulu voir ce que donnaient un départ trop rapide, une flottabilité bancale et un virage mal placé. On vit à deux, mon compagnon et moi, et avec mon compagnon, sans enfants, j’ai pu organiser ces sorties sans autre contrainte que mon carnet et mon rythme.
Comment j’ai mis à l’épreuve mes erreurs classiques sur le parcours
J’ai fait trois plongées sur deux semaines, et chacune a duré 37, 41 ou 55 minutes selon la dérive que je me suis imposée. J’ai choisi une mer calme, un courant faible et une visibilité moyenne à bonne, avec une eau plus claire sur le plateau qu’au pied du tombant. Je me suis tenue entre 10 et 20 mètres, avec le niveau confirmé d’une plongeuse qui n’aime pas les approximations. Sur le plateau, le sable clair me donnait un repère net, puis le tombant cassait la lecture dès que je descendais un peu trop.
J’ai pris mon détendeur, mon ordinateur Suunto, ma combinaison Beuchat Equipe Longue de 2012 et mes palmes habituelles. J’ai réglé ma flottabilité de départ avec un peu trop de plombs sur la ceinture, juste pour voir où ça me menait. J’ai aussi pris dix minutes sur le quai pour refaire mon équilibrage avant l’eau, parce que je connais ce faux confort qui trompe dès le premier palmage. Depuis ma Licence en Sciences de la Mer (Université de La Rochelle, 2010), je sais que le moindre déséquilibre se paie vite dans la colonne d’eau.
Je voulais mesurer trois choses chez moi, le chrono, la conso d’air et le ressenti musculaire. J’ai regardé le manomètre à chaque retour de repère, puis j’ai noté quand ma respiration montait et quand mes jambes chauffaient. Mon travail de Rédactrice spécialisée pour magazine nautique (Akwaba) m’a appris à séparer ce que je vois de ce que j’imagine, et mes 12 années de rédaction me servent encore pour poser les chiffres sans me raconter d’histoire. Je notais aussi quand je me mettais à tirer plus fort sur les palmes, parce que ce geste ment vite.
Je l’ai fait aussi parce qu’on vit à deux, mon compagnon et moi, et que je voulais tester ça sans pression extérieure. Je me suis sentie plus libre de pousser le test, sans autre contrainte que mon carnet et mon propre rythme. J’avais besoin d’un test sans flou, parce que je déteste corriger une hypothèse à moitié. Et j’ai préféré ça à une plongée brouillée où je ne saurais plus ce qui venait de l’erreur ou du site.
Ce qui s’est passé quand j’ai démarré trop vite sans préparation
Dès l’embarquement, j’ai lancé le palmage trop fort, comme si gagner vingt secondes changeait tout. Dès que j’ai lancé ce palmage trop appuyé, j’ai senti la respiration s’emballer, comme si mon corps refusait de suivre ce rythme imposé. Le chrono a filé plus vite que prévu, et j’ai déjà vu, au bout de cinq minutes, que je partais mal. Je suis entrée dans la première longueur déjà trop haute dans le rythme, et cela s’est vu à l’ordinateur.
J’ai regardé mon Suunto, puis le manomètre, et la pression a chuté plus vite que sur mes deux autres sorties. Je n’ai pas noté un chiffre médical, juste une réserve qui fondait trop tôt et un souffle plus court que d’habitude. Au total, ce parcours m’a pris 55 minutes, contre 37 quand je suis restée posée. Je l’ai vu aussi dans l’aiguille du manomètre, qui descendait par paliers trop serrés.
J’ai entendu mes bulles plus fort, surtout quand je forçais sur les premières battues. Mes jambes ont chauffé vite, puis j’ai perdu cette fluidité qui me permet d’enchaîner les repères sans réfléchir. Le palmage est devenu plus carré, moins glissant, et j’ai eu l’impression de pousser l’eau au lieu de la traverser. Le son des bulles couvrait presque le reste, et j’ai fini par compter mes battues au lieu de regarder le fond.
Au niveau du tombant, vers le second changement de profondeur, j’ai compris que je ne tenais plus mon rythme. Je me suis retrouvée à corriger le cap au lieu d’avancer, et le chrono n’avait plus rien de propre. J’ai laissé passer trois virages de relief avant de rallonger le retour, et là j’ai su que le départ trop vite m’avait coûté cher. Le relief ne m’a pas aidée, parce que la couche d’eau devenait plus plate et plus pâle.
Comment une flottabilité imparfaite a transformé ma plongée en lutte permanente
Sur la deuxième sortie, j’ai mal réglé mon gilet et j’ai gardé un peu trop de plombs. À chaque bascule de profondeur, je me suis retrouvée à micro-corriger, comme si je n’arrivais jamais à me poser dans l’eau. Le trajet a perdu son côté coulé, et j’ai passé plus de temps à me stabiliser qu’à suivre la ligne du fond. J’ai senti la plongée devenir hachée, alors que la mer restait calme en surface. Je le sentais à chaque petit battement de main, comme si je cherchais un appui qui n’existait pas.
Sur ma vidéo embarquée, j’ai compté dix-sept corrections visibles, presque toutes liées à une petite remontée puis à une reprise de profondeur. J’ai oscillé entre 10 et 20 mètres, sans tenir une ligne assez nette pour laisser reposer mes jambes. La conso a suivi la même pente, avec un manomètre qui descendait plus vite que sur ma plongée bien réglée. Sur l’écran, la profondeur dansait sans jamais se fixer, et je devais reprendre l’équilibre sans arrêt.
J’ai senti mes cuisses travailler pour rien, et cette sensation m’a agacée plus que la fatigue elle-même. Le plus pénible, c’était ce va-et-vient, remonter puis redescendre, qui casse le tempo et vide la tête. J’ai fini la plongée avec l’impression de n’avoir jamais trouvé ma place dans la colonne d’eau. À la fin, mes chevilles brûlaient plus que mes épaules, ce qui m’a paru très parlant.
Le plus clair, c’est le temps. Cette flottabilité imparfaite m’a ajouté 10 minutes entières sur le parcours, sans me donner un seul repère utile en plus. J’ai noté cette différence dans mon carnet dès la sortie, parce que 10 minutes perdues, ça se voit tout de suite. Je suis rentrée avec la même impression qu’après un gilet trop serré, sauf que là tout venait de mes réglages.
Le point de demi-tour mal choisi a gâché mon retour et mon chrono
Sur la troisième plongée, j’ai tourné trop tard, persuadée de suivre encore le bon décroché de relief. J’avais mémorisé un retour plus direct, mais ce jour-là la forme du fond m’a trompée. J’ai gardé en tête la même crête que sur l’aller, mais au retour la ligne n’était plus alignée avec ma sortie prévue. Le moment où j’ai compris mon erreur, c’est quand le tombant m’a semblé décalé d’un coup, alors que je pensais être encore dans l’axe. Là, j’ai vu que le chrono n’était déjà plus propre.
J’ai comparé mes deux temps aller-retour, et l’écart m’a sauté au visage : la bonne plongée restait à 37 minutes, celle-ci a glissé vers 55. J’ai aussi vu ma réserve baisser plus vite sur la deuxième moitié, alors que je croyais avoir économisé mes forces. En relisant le trajet, j’ai noté un décalage d’une bonne portion de retour, et j’ai dû corriger deux fois mon cap. J’ai senti que quelques minutes mal placées suffisaient à déplacer toute la fin, sans même parler du souffle. Je n’ai pas eu besoin d’un grand calcul pour voir l’écart, il m’a sauté au visage dans le temps et dans l’air.
J’ai senti une résistance plus sèche dans mes palmes, comme si l’eau avait changé de texture au retour. Le relief se lisait moins bien, le contraste baissait dans la couche d’eau basse, et je devais ralentir pour ne pas dériver. J’ai aussi reconnu une veine de courant de fond que je n’avais pas vue au départ, juste ressentie quand j’ai changé de sens. J’ai retrouvé le même signe dans l’eau plus sombre, là où mes yeux cherchaient encore le plateau.
J’ai croisé mes notes avec les repères de l’Institut Français de Recherche pour l’Exploitation de la Mer (IFREMER) sur la lecture des fonds côtiers, et ça colle à ce que j’ai vu à la Pointe Borgnèse. Quand la couche d’eau perd en contraste, je perds aussi mes repères, et je corrige trop tard. Je suis convaincue, et même j’ai été convaincue, que le vrai piège n’est pas le chrono brut, mais la fin du retour. Pour un souci respiratoire réel, je laisse la main à un médecin de plongée, et pour quelqu’un qui accepte de ralentir les premières minutes, ce parcours reste très lisible.



