Ne pas avoir prévenu mon binôme m'a laissée face à la ligne d'écume de la Grande Conche, à Royan, pendant que le vent se levait et que son sac restait sur le sable. Depuis la région de Poitiers, je suis partie trois jours sur le littoral pour cette sortie, et je suis vite passée du calme à l'angoisse. J'avais laissé filer le message, le point de sortie était flou, et l'attente a fini par durer deux heures. J'ai été frappée par le silence de la plage, alors que tout paraissait encore simple dix minutes plus tôt.
Je me suis plantée en ne fixant ni heure claire ni point de sortie précis
En tant que rédactrice spécialisée pour un magazine nautique (Akwaba), j'ai douze ans de terrain derrière mes articles, et je me suis retrouvée trop confiante sur cette plage que je croyais lire d'un coup d'œil. On vit à deux, mon compagnon et moi, sans enfants, et nos sorties avec des amis se passaient d'habitude sans heurt. J'étais sûre de moi, parce que la plage de la Grande Conche me paraissait large, simple, presque évidente.
Je n'ai pas envoyé de message avant de partir à l'eau. Je n'ai pas fixé d'heure de retour nette, ni le parking du Casino de Royan comme point de repli, ni la passe où il devait m'attendre. J'ai été convaincue que quelques minutes de flottement ne changeaient rien, et j'ai laissé le téléphone dans la voiture, dans un sac étanche fermé à la va-vite.
Pendant que je glissais vers une anse plus loin, il est resté planté au même endroit, sans nouvelle. Il regardait le sable se vider, puis il regardait mon matériel toujours posé au même endroit. Au bout de 45 minutes, il a commencé à tourner en rond, et moi je ne pouvais déjà plus prévenir.
La houle qui grossit et le vent qui monte ont transformé mon retard en cauchemar
Quand la houle a grossi, la ligne d'écume a reculé sur le sable d'une façon que je n'ai pas aimée du tout. Le vent de terre a pris plus de place, et les appels sont devenus des mots avalés par le bruit. Dans ma Beuchat Equipe Longue de 2012, je sentais déjà la combinaison refroidir en statique, avec le sel qui séchait sur mes poignets.
J'ai essayé de lever un bras, puis de montrer la rive, mais le vent cassait tout. Je me suis sentie ridiculement impuissante. J'étais restée trop loin du point initial, et le regard fixé sur la pointe ne me donnait qu'une silhouette floue de temps en temps.
Sur le sable, il a patienté deux heures, seul, à faire les cent pas sous un soleil déjà bas. La plage paraissait courte au départ, puis elle s'est rétrécie avec la marée montante. Quand il s'asseyait, le sable collait à ses mollets, et il n'avait pour compagnie que le bruit de la passe.
Cette attente interminable m’a coûté du temps, de l’énergie et a failli gâcher la sortie
Deux heures perdues, c'est énorme quand la sortie devait durer 1 h 30. J'ai laissé 14 euros au parking du Casino de Royan pour une session qui a tourné au vide, et j'ai ramené une fatigue bête qui n'avait rien à voir avec l'effort. Mon travail de Rédactrice spécialisée pour magazine nautique (Akwaba) m'a appris à compter les détails, et là, le compte était mauvais.
Le matériel avait pris le sable, ma combinaison était froide, et mon téléphone restait inutile dans la voiture. J'ai aussi senti la confiance se tendre entre nous, parce qu'il ne savait plus si je m'étais perdue ou simplement attardée. On vit à deux, mon compagnon et moi, sans enfants, et cette confusion a laissé une trace plus nette que la houle.
« J'ai vu la ligne d'écume avancer sur le sable. J'ai compris que la plage où il m'attendait n'était plus la bonne, et ça m'a glacé le sang. » J'ai revu cette scène en boucle, avec le matériel laissé au même endroit et la marée qui gagnait. Ce soir-là, la plage de la Grande Conche ne m'a rien pardonné.
Si j’avais su, j’aurais fait autrement et évité ce scénario catastrophe
Si j'avais su lire la scène plus froidement, j'aurais fixé une heure de retour nette, avec une marge de 15 minutes, et un point de repli précis, le parking du Casino de Royan ou la cale choisie avant la mise à l'eau. J'aurais aussi envoyé un message avant de partir dans l'eau, puis un autre à la sortie. Le téléphone n'aurait pas fini dans la voiture, et un repère visuel aurait évité ce flou ridicule.
- partir sans heure de retour précise, alors que le délai s'étire vite
- ne pas préciser le point exact de sortie, surtout quand la plage bouge
- laisser le téléphone hors de portée, au fond d'une voiture ou d'un sac fermé
- sous-estimer la marée ou le vent, alors que la côte change sous les yeux
- compter sur l'évidence du lieu, alors que la ligne d'écume se déplace
Ma Licence en Sciences de la Mer (Université de La Rochelle, 2010) m'a appris à lire une côte, et j'ai laissé ce savoir de côté ce jour-là. La houle qui grossissait, le vent qui tournait et la marée montante formaient un trio très lisible. Je les ai vus trop tard, alors qu'ils étaient déjà là.
En rentrant, j'ai recoupé la scène avec les cartes de l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (Ifremer) et les bulletins de Météo-France. Là, franchement, j'ai préféré vérifier avec des sources publiques plutôt que d'interpréter la mer à moitié. Une petite VHF de poche ou un talkie aurait aussi réduit ce trou de communication, mais je n'en avais pas sous la main.
Ce que cette expérience m’a appris pour mes prochaines sorties
Quand j'ai vu la plage vide et mon matériel intact, j'ai compris que j'avais vraiment merdé. La sortie qui devait rester légère m'a laissée avec deux heures d'attente et un vrai goût de gâchis. Le décor restait beau, mais le rendez-vous était raté.
J'ai gardé en tête le silence de la plage, et je me suis sentie ridicule en repensant à mon manque de précision. On vit à deux, mon compagnon et moi, sans enfants, et ce flou nous a pourri une fin de journée qui aurait dû rester simple. Je suis rentrée avec cette idée pénible que trois mots auraient tout changé.
« Quand j'ai vu mon binôme tourner en rond, les mains dans les poches, à scruter l'horizon sans espoir, j'ai compris que le silence est pire que tout. » Si j'avais su, j'aurais laissé ce message avant d'entrer dans l'eau. Deux heures sur la plage de la Grande Conche, à Royan, m'ont suffi pour apprendre ce que j'aurais voulu savoir plus tôt.



